Corse du Sud. Par les grèves et par les forêts

Il y a cinquante ans, la beauté de la Corse du Sud était encore une beauté de pays pauvre, faite de lumière, de mer, de vent et d’arbres.   (voir aussi https://passagedutemps.wordpress.com/2018/09/09/corse-du-sud-ete-2018/ )

Les îles Lavezzi

Rochers granitiques. Intérieur de l’île Lavezzu

On visite d’abord les îles Lavezzi pour voir des poissons. Apparemment, ceux-ci résistent aux vedettes qui accostent toutes les demi-heures, aux bateaux à moteur italiens venus de la Sardaigne toute proche. On peut effectivement nager au milieu de centaines de poissons qui vous frôlent avec l’impression d’être plongé dans un aquarium. Occupés à brouter, ceux-ci ne prêtent aucune attention aux visiteurs. Si les plages de sable sont bondées, il y a moins de gens qui se hasardent au-delà des dix mètres dans les anses rocheuses.

Je n’ai pas vu le mérou, star des brochures sur la découverte des îles, mais iI suffit d’étendre la main pour frôler dorades, sars, oblades, girelles et mulets.

Pourtant, c’est près de Bastia que j’ai croisé de près la route d’un dauphin qui pourchassait un banc de mulets. La rencontre fut trop brève : le temps de voir l’aileron, de ressentir l’élégance de la poussée qui l’a arraché un instant à l’eau et il avait disparu.

Les îlots des Lavezzi, ce sont aussi des pistes qui serpentent entre des milliers de blocs granitiques polis par l’eau et le vent et tout à coup de grandes herbes et des asphodèles qui se balancent sous la brise.

Les asphodèles

Dans un coin de l’île, deux cimetières où reposent les corps de de marins et de soldats. Ils étaient près de 700 en route pour la Crimée. Renonçant à doubler la Sardaigne par le sud pour cause de mauvais temps, le capitaine voulut passer par les bouches de Bonifacio, un des endroits les plus dangereux de la Méditerranée, des récifs, un goulet étroit (la Sardaigne est à moins de 10 kilomètres), balayé par des vents plus de 300 jours par an. Le trois-mâts se fracassa sur les récifs de l’archipel. Pas un marin, pas un soldat n’en réchappa. 560 cadavres sans visage et sans nom, à l’exception du capitaine et de l’aumônier identifiés grâce à son uniforme pour le premier et à son étole pour le second. Une centaine d’autres marins furent, eux, à jamais engloutis. « Qu’il était triste le cimetière de la Sémillante !, écrivit Daudet.  Je le vois encore avec sa petite muraille basse, sa porte de fer, rouillée, dure à ouvrir, sa chapelle silencieuse, et des centaines de croix noires cachées par l’herbe… Pas une couronne d’immortelles, pas un souvenir ! rien… Ah ! les pauvres morts abandonnés, comme ils doivent avoir froid dans leur tombe de hasard !  »  ( «  L’agonie de la Sémillante  » Les Lettres de mon moulin)

Cimetière de la Sémillante

Sur la pointe de l’Achiarino, une pyramide a été élevée à l’endroit même du naufrage.

Monument en mémoire du naufrage de la Sémillante

Au retour, le pilote nous a emmenés près de Cavallo, l’île principale de l’archipel. Sûr de son effet, le guide a grincé : « Après la réserve naturelle, on vous montre la réserve de milliardaires ». Il a cité la maison de Victor Emmanuel de Savoie, celle de Caroline de Monaco, célébrités qui datent un peu. J’ai oublié les noms des autres, mais l’essentiel est là : eau turquoise transparente, plage privée, tranquillité garantie. « Vous pouvez, dit le guide, vous offrir une semaine au paradis pour 30 000 euros ».
Nous avons ensuite navigué jusqu’à la côte et le long des falaises jusqu’à Bonifacio, longeant les incroyables falaises de calcaire, étincelantes sous le soleil. La mer bouillonnait au passage du bateau. Sur une des crêtes, on voyait l’oratoire qui marque la pointe sud de la Corse.

Plus loin, la ville aux maisons suspendues :

Bonifacio

Avant de traverser l’étroite embouchure de la rade vers le phare de la Madonette et le gouffre du Sdragonetto :

Bonifacio. Phare de la Madonetta

Plus tard sur le plateau, on reverra toute cette splendeur, escalier vertigineux, rade,  phare :

Bonifacio. La rade depuis les remparts
Bonifacio. Coucher de soleil depuis le cimetière marin

Pins laricios et pins maritimes : en forêt à l’Ospedale avec Stéphane Rogliano

Serres De Ferruccio – 20137 – PORTO-VECCHIO,  06 19 89 65 36

En Corse, des gens se battent pour développer l’île en valorisant ses ressources endémiques. Stéphane Rogliano est l’un d’eux.

Stéphane Rogliano

Les meilleurs commentaires sur son métier, c’est lui qui les fait sur son site :   « Découvrez les plantes aromatiques du maquis Corse ! Vous êtes ici chez un producteur qui cultive et multiplie des plantes aromatiques corses, en agriculture biologique. Mais vous côtoyez également un animateur passionné capable de vous faire partager ses connaissances au cours de passionnantes « balades botaniques et aromatiques avec un nez ». »

Nous l’avons suivi dans la forêt de l’Ospédale, à 900 mètres d’altitude. Nous connaissions parfois le nom des plantes, mais Stéphane Rogliano est aussi un conteur capable de ressusciter des temps plus antiques que le temps humain. Avec lui, l’histoire du pin laricio devient épique. L’arbre vient d’Autriche. Quand la dernière grande glaciation a recouvert la majeure partie de l’Europe, chassant les oiseaux des contrées gelées, ceux-ci sont partis loin des terres froides emportant des graines de pin dans leur grande migration. Ils se sont arrêtés à la limite des glaciers, qui passait justement au niveau de la Corse, de la Sicile et de la Calabre. Le pin laricio, qu’on reconnaît à ses écailles gris-argenté et à son tronc droit, est encore un arbre qui aime la fraîcheur et pousse en altitude. Dans les forêts de la montagne corse, on marche au milieu des colonnes grises des laricios comme dans la nef immense d’une cathédrale ou dans une mosquée.

Forêt de laricios

Ses aiguilles, sont longues et vertes. (« Ah ! intervient Jean-Claude, quand j’étais petit, c’est avec ces aiguilles qu’on « cousait » les grandes feuilles des hellébores pour tresser des couronnes. On arrivait aussi à tisser des petits paniers pour ramener des fraises. Et Stéphane Rogliano de reprendre « Pour les fraises, je ne le ferais pas. Les hellébores sont toxiques. Elles contiennent, entre autres, des saponosides, de l’hellébroside. Jusqu’au 17e siècle on pensait qu’elles pouvaient guérir la folie et le lièvre de La Fontaine conseillait à la tortue de se purger « avec quatre grains d’ellèbore… ». À l’heure actuelle, on utilise encore les racines pour les troubles cardiaques et circulatoires. Mais ne jouez pas avec les hellébores. »

Le laricio était le roi des forêts corses d’altitude. Non seulement les troncs peuvent monter très haut, mais son bois est dur et très durable. On l’utilisait pour le mât des bateaux et les bardages même si l’absence de routes limitait l’exploitation. Aujourd’hui, il sert à fabriquer des charpentes et des meubles.  A l’Ospedale une scierie a longtemps fonctionné. Elle a fermé aujourd’hui.

Au retour, j’ai consulté le site de l’ONF qui va jusqu’en 2018. Depuis cinq ans, le nombre de scieries corses a fortement diminué et seules deux sont encore actives, pour un volume total scié de l’ordre de 1 000 m3 annuel. Même constat pour les ventes de bois : de 45 000 m3 annuel sur la période 2005/2013, elles sont passées à près de 10 000 m3 sur la période 2014/2017. C’est triste et difficile à comprendre  pour qui est comme moi étrangère aux réalités économiques, mais ça ressemble à ce qui se passe dans toute la France en voie de désindustrialisation. Pour relancer la filière forêt-bois, les professionnels du secteur se mobilisent dit l’ONF, qui cite des programmes de construction-bois  initiés par des élus de Corse-du-Sud (construction de trois logements sociaux à Cristinacce, installation d’un préau à l’école communale d’Evisa). La création d’une marque « Lignum Corsica » est aussi mise en œuvre pour soutenir le laricio.

La forêt, pour le moment, est surtout un bonheur pour les touristes.

A cette altitude, le pin maritime est un envahisseur car son habitat normal est sur la côte. Le réchauffement climatique explique peut-être son expansion, mais il profite aussi des incendies car ses graines germent directement, alors que les graines du laricio peuvent mettre de cinq à dix ans pour pousser.

Le pin maritime est facile à distinguer du pin laricio. Son écorce rougeâtre se crevasse progressivement. Ses aiguilles marron couvrent le sol d’un tapis épais.

Toute la fin de la balade, Stéphane Rogliano nous apprend à humer les parfums du maquis, myrtes, arbousiers, lentisques, chênes verts, chênes liège, genévriers rampants et thyms de montagne… Il devient lyrique quand il s’agit des menthes, la menthe aquatique épicée tout près du barrage ; la menthe pouliot aux notes citronnées, les tapis de Mentha requienii, une menthe corse au parfum mentholé et poivré aux toutes petites feuilles vert pomme parsemée de minuscules fleurs lavande rosée et, bien sûr  la Népita (prononcer « nébida »). Les spécialistes disent qu’il ne s’agit pas d’une menthe, parce que ses feuilles sont moins ordonnées. Mais elle en a l’odeur et dans l’île, elle sert à parfumer les légumes.

La baie du Stagnolu à 20h30

Pendant toute la journée, la chaleur a été intense, la mer étincelante, le sable brûlant. A présent, la lumière tombe derrière les collines.

Porto Vecchio. Baie du Stagnolu. L’étang

Avant que l’ombre ne gagne tout, ce moment émouvant de la fin du jour avec les vagues sombres des montagnes et deux silhouettes noires de pêcheurs. L’alliance du proche et du lointain.

Baie du Stagnolu Les pêcheurs

Crétins, idiots, incapables

Jusqu’à il y a peu l’argent était rare. A présent, il coule à flots, mais pas pour tous. Ça se passe près de Bastia, dans un minuscule lotissement pour vacanciers. Les propriétaires en ont fait un nid de verdure au bord d’une longue plage de sable. Ils sont furieux car la préfète vient de leur refuser le droit d’étendre de 30% la surface bâtie… « Alors que des autorisations sont accordées pour de grands ensembles à Porto-Vecchio ou à Calvi. Et d’ailleurs les lois votées à Paris sont absurdes : on applique aux villages de Corse des règles faites pour le littoral, alors que nos communes sont des bandes parallèles qui comportent un bout de plage, un bout de colline, un bout de montagne. Il faudrait rendre le pouvoir aux communes, leur permettre de moduler les lois, etc ».

Bon ! Certes, Mais ne faut-il pas préférer quelques verrues de fixation autour de Calvi et de Porto-Vecchio et préserver au maximum le restant de l’île ? C’est toujours le même mélange d’indignation et de défense des intérêts personnels car il est légitime de vouloir faire fructifier son bien. Où l’on voit qu’il n’est pas facile de conduire une politique d’urbanisation raisonnable.

« Dans Macron, il y a con, dit le jeune homme qui travaille au musée d’Archéologie d’Aleria ». De quoi s’agit-il qui vaut tant d’animosité au président ? « Vous voyez les ruines. Il reste 80%  de la surface à fouiller et l’Etat nous refuse les crédits ». Sous cette forme raccourcie et péremptoire, quelle argumentation  étrange ! Le Président est responsable de tout et on attend tout de lui (alors même d’ailleurs qu’on entend partout que ce président est un monarque qui se mêle de trop de choses. Jamais le  chef de la France n’a paru aussi fragile puisqu’un fonctionnaire pense sans problème pouvoir l’insulter devant des inconnus, pas pour provoquer, mais comme ça, en passant, parce que c’est normal. 

Nous voici à table avec un petit groupe de Corses, modestes, mais bien insérés dans la vie locale. L’un est conseiller municipal d’une des villes qui comptent dans l’île.  « Les hommes politiques sont tous des crétins et des pourris ». – «  C’est comme Cahuzac, au lieu de le flanquer en prison on lui permet d’exercer la médecine à Bonifacio. Moi, si j’avais pris cent euros, on m’aurait radié à vie ». On néglige quand même de dire que pendant quatre ans, il n’a pu exercer son métier, qu’il est interdit de toute vie publique et qu’il ne présente aucun danger pour la société. J’essaie de glisser qu’il y a beaucoup de fraudeurs en France, entre les plombiers qui proposent de payer de la main à la main et les chirurgiens qui demandent de l’argent liquide avant d’opérer. Est-ce que les gouvernants fraudeurs sont si différents de leurs administrés ? « Ce n’est pas la même chose. Ceux-là se logent, voyagent, mangent des homards avec nos impôts ! Et pour quel résultat »

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